Damien GRATON

Damien Graton est investisseur Oikocredit à titre personnel, par ailleurs conseil en finance et gouvernance auprès de groupes industriels familiaux.

Pourriez-vous nous dire qui vous êtes ?

Je suis conseil indépendant en finance et gouvernance pour des groupes industriels familiaux de l’Ouest de la France. Avant cela, mon parcours professionnel s’est fait pendant 14 années dans la banque. J’ai reçu plusieurs influences : tout d’abord en tant que fils d’agriculteurs, je suis sensible aux questions d’agriculture responsable et de commerce équitable. Ensuite, j’ai dû emprunter pour financer mes études donc le micro-crédit ça me parle !

Comment avez-vous connu Oikocredit ?

J’ai fondé ma société en 2006. Suite à la crise financière de 2008, j’ai fait une revue exhaustive des produits d’investissement responsable. C’est ainsi que j’ai découvert Oikocredit. Convaincu, j’ai alors décidé d’y placer une partie de mon épargne  personnelle. Depuis, j’ai complété l’investissement initial, la promesse me semblant tenue.

Pourquoi avoir choisi Oikocredit ?

Dans de nombreux pays en voie de développement, l’impact des politiques  gouvernementales sur le quotidien des gens est malheureusement décevant. Le fait de prendre en main son destin et d’emprunter pour entreprendre me semble bien plus prometteur.

L’agriculture est un métier que je connais bien et je sais que c’est compliqué à financer. La capacité démontrée par  Oikocredit à prêter dans ce secteur,et la volonté de faire croître ce segment,  à côté de l’activité principale orientée vers la micro-finance, sont donc une vraie valeur ajoutée. Par ailleurs    Oikocrédit a une taille importante et un long historique dans la performance sociale et financière.  Les moyens mis en œuvre pour renforcer les capacités des organisations qui reçoivent les financements N’y sont probablement pas étrangers.

Ensuite, Oikocredit se distingue par son choix ancien d’une implantation sur le terrain. La présence d’équipes locales permanentes, cela permet d’intégrer la dimension culturelle, facilite l’analyse des besoins des partenaires avant l’octroi de financement. Et, comme souvent les choses ne se passent exactement comme prévu, être sur place me semble indispensable pour être réactif dans le suivi du portefeuille. D’ailleurs, je fais de même dans mon activité en me concentrant sur des clients de la région Ouest.

Enfin, je soulignerais la capacité d'Oikocredit à financer des projets dans la devise locale. Cette capacité ne va pas de soi et requiert une réelle expertise en techniques de couverture de change. Cela peut paraître un détail technique et une lubie de financier, mais c’est très précieux et concret pour les bénéficiaires ! Prenons un exemple réel récent : en 2013, le real, la monnaie brésilienne, s’est déprécié d’environ 20% face à l’euro. Si l’emprunt a été fait en euro, le montant de l’emprunt se trouve augmenté de 20%, alors que s’il est en real, le montant reste identique. Grâce à ce dispositif, les projets financés sont protégés ce qui sert à la fois les emprunteurs et les investisseurs dont je suis.

Sur quoi basez-vous votre confiance en Oikocredit ?

Evidemment, les valeurs portées par Oikocrédit sont déterminantes. Mais, s’agissement d’un investissement, je dois reconnaître qu’en tant que conseil financier, mes critères sont tout autant rationnels.

Je commencerais par rappeler une définition de ce qu’est un investissement : il s’agit d’une opération qui promet, après une analyse approfondie, une bonne garantie en capital et une rentabilité adéquate. A défaut, il s’agit de spéculation.

Oikocrédit répond cela moi à la définition d’un investissement : le modèle économique est simple, transparent, il a fait ses preuves en traversant des crises économiques et financières sévères, et le dividende de 2.00%, certes non garanti mais constaté année après année, me semble équitable dès lors que la valeur ajoutée sociétale est forte.

Est-ce selon vous une faiblesse qu’un investisseur ne puisse pas choisir les activités ou les secteurs dans lesquels son argent est placé par Oikocredit ?

C’est vrai que spontanément, on peut être tenté de « flécher » son investissement vers un domaine ou un pays avec lequel on a une affinité, voir créer une relation directe avec un bénéficiaire « affecté ». Cela peut répondre à une volonté légitime de mesurer l’impact concret de son investissement, mais je vois un risque de dérive de la relation vers une logique « mon argent contre votre reconnaissance » avec laquelle je ne suis pas à l’aise. Oikocrédit et les emprunteurs négocient un contrat d’égal à égal, il n’y a donc pas de dette morale.  

Un autre écueil de montages qui permettent une affectation directe de son investissement est qu’il concentre le risque, contrairement à Oikocrédit qui gère un portefeuille très diversifié.

Avec le recul, il me semble préférable d’avoir recours à d’autres moyens, principalement les indicateurs de performance sociale (même si je conçois que c’est moins « fun »), mais également des visites sur place.