Jean-Christophe Berlot

Investisseur à titre personnel, Jean-Christophe Berlot a décidé de faire également investir son entreprise dans Oikocredit. De plus en plus d'entreprises placent une part de leur trésorerie dans Oikocredit. Elle trouve dans le modèle Oikocredit une juste rencontre entre préoccupation financière et responsabilité sociale et environnementale. 

Qui êtes-vous ?
Ingénieur de l’Ecole Centrale, j’ai alterné les fonctions dans l’industrie (Shell en France, aux Etats-Unis et aux Pays-Bas, puis Valeo), et le conseil (Solving). J’ai eu ensuite la chance de créer mon cabinet de conseil avec un associé. Nous oeuvrons auprès de dirigeants d’entreprises ou d’organisations pour la mise en oeuvre de leurs projets stratégiques. Peu de cabinets peuvent se prévaloir de méthodes de mise en oeuvre, et nous sommes assez uniques de ce point de vue : quinze ans après son démarrage, le canard est toujours vivant !

Comment avez-vous connu Oikocredit ?
Par une présentation en paroisse. Je suis catholique, mon épouse est protestante, et un membre de l’association est venu un jour en parler. Nous sommes venus à une ou deux réunions d’une association de soutien, puis j’ai sollicité un des responsables, qui m’a très aimablement expliqué le fonctionnement d’Oikocredit. C’était il y a une vingtaine d’années.

Quels éléments déterminants vous ont convaincu d'investir dans Oikocredit ?
Etonnamment ou non, deux choses : d’abord, son histoire. Si j’ai bien compris, Oikocredit a été fondé à la demande des églises elles-mêmes, qui voulaient à la fois entretenir leur épargne et investir dans des projets à finalité humaine. Cela constituait pour nous une bonne fondation. Et puis, un signe qui selon moi distingue Oikocredit de toutes les organisations de même type : ailleurs on investit 20 à 30 % dans les projets humains, et le reste dans la finance traditionnelle pour sécuriser les fonds. Chez Oikocredit, c’est le contraire : l’ensemble des fonds est alloué à des projets concrets. Le reste (15 %) est destiné à organiser la liquidité. J’apprécie le fait de savoir que les fonds placés chez Oikocredit « travaillent » au bénéfice de l’humanité plutôt qu’aux échanges financiers.

Sur quoi basez-vous votre confiance en Oikocredit ?
La durabilité de l’organisation. Sur le pays siège de l’Organisation, aussi. Nous avons vécu aux Pays-Bas plusieurs années, notre seconde fille y est née. Nous avons toujours apprécié la probité et la rigueur de ceux et celles que nous y avons côtoyés. De même, j’ai eu la chance de pouvoir rencontrer l’équipe française, constituée de personnes de bonne volonté - et de confiance. On investit des fonds dans des projets souvent lointains, mais on les confie à des gens beaucoup plus proches. J’ai toujours eu à faire à des personnes convaincues, et j’en suis reconnaissant.

Vous intervenez à l'Ecole Centrale de Paris et y animez des modules autour de la prise de responsabilité et de l'éthique du management. Economie responsable, éthique.... voici des thèmes d'actualité. Pourquoi la finance éthique ou responsable n'est-elle pas plus connue dans notre pays ?
Elle n’arrête pas de progresser ! Les cours que j’anime montrent que l’appétence est bien là, même chez les jeunes. Il faut du temps, de la pédagogie, de la présence. La radio, la télévision parlent davantage de Wall Street et de la Bourse de Paris. Forcément, on pensera finance mondiale avant de penser à Oikocredit. Plusieurs de mes élèves brûlent de s’engager comme traders à la City ou à New York ! Pourtant, les experts s’accordent à dire que l’économie ne fait plus la finance, et que c’est plutôt l’inverse. Dans un système où les transactions se font à la nanoseconde, une entreprise est à la merci des flux financiers. Beaucoup de personnes comme nous ne veulent pas suivre ce mouvement. Je suis reconnaissant de lire que l’épargne cumulée ici permet à des projets de voir le jour et à des personnes de gagner la vie de leur famille. Pour côtoyer l’entreprise depuis toujours, je sais qu’elle peut être un lieu d’épanouissement et de développement personnel, en plus d’être un moyen de vie. L’entreprise est d’abord un projet humain, et Oikocredit, me semble-t-il, oeuvre bien dans ce sens.

Que faudrait-il faire pour convertir plus de public ?
Nous avons placé une partie de nos économies personnelles dans Oikocredit, ainsi qu’une partie de la trésorerie de mon entreprise, comme vous le souligniez. Investir dans la finance responsable et solidaire est une affaire de choix personnel - comme de consommer bio, d’arrêter de fumer ou d'utiliser les transports en commun. Il s’agit pas encore d’un mouvement de fond, il faut encore aller « à contre-courant » et cela suppose un changement de vision, avant un changement de comportement. Mon métier m’a appris quelques règles autour du changement en entreprise, que j’utilise également dans ma vie quotidienne : rien ne remplace la présence et le témoignage personnels. La finance solidaire croît sans doute au rythme du bouche à oreilles. Elle n’a pas fini !