Un fonds d’investissement pour l’Homme, la planète et l’économie

Tammy-Newmark.jpg16 décembre 2014

Oikocredit est un investisseur social. En tant que tel, notre coopérative investit directement dans des entreprises ainsi que dans un petit nombre de fonds d’investissement social et durable. Parmi ces derniers, figure EcoEnterprises. Oikocredit y participe à hauteur de 2 millions de dollars. Lancé sous l’égide de The Nature Conservancy, ce fonds de capital-développement costaricain finance des entreprises dans divers secteurs liés à l’environnement qui connaissent une forte croissance tels que l’agriculture biologique, l’écotourisme, la gestion durable des forêts et l’aquaculture. Il partage avec Oikocredit un objectif de triple retour sur investissement : social, environnemental et financier. Nous avons récemment rencontré sa PDG, Tammy Newmark, pour discuter d’investissement durable et du partenariat réussi entre EcoEnterprises et Oikocredit.

Vous travaillez pour EcoEnterprises depuis sa fondation. Comment êtes-vous venue à l’investissement durable ?

« J’ai commencé ma carrière dans une banque d’investissement, à Wall Street. Je travaillais sur les marchés des industries minières et de métaux A l’époque, je trouvais cela intéressant. Cependant, une fois ma journée de travail terminée, je me consacrais à la microfinance qui en était à ses débuts.  C’est à ce moment-là que j’ai décidé de reprendre mes études pour faire une MBA. Le sujet de ma thèse portait sur l’entrepreneuriat, notamment dans les pays en développement. J’étais fascinée par les femmes entrepreneurs qui mettaient toute leur ingéniosité et leur créativité au service du développement et de la réussite de petites entreprises, alors que leurs ressources étaient limitées, voire inexistantes. À partir de là, j’ai commencé à travailler dans les énergies propres. Rejoindre le fonds EcoEnterprises était une suite logique. »

EcoEnterprises se décrit comme un fonds qui « investit dans du capital naturel ». Comment parvenez-vous à prouver ce concept ?

« Lorsque je travaillais dans les énergies renouvelables au cours des années 1990, je sentais bien que ce secteur avait de l’avenir. À l’époque, il était considéré comme étant à risques, mais au fil du temps, les gens ont compris qu’il disposait d’un fort potentiel de croissance. Nous avons dû faire face à ce même type de défis. Pour nous il a fallu repousser les limites et montrer à nos interlocuteurs qu’un investissement durable et social pouvait aussi être viable financièrement. Au fil des années, nous avons fait évoluer les mentalités sur l’investissement durable. Il s’agissait de faire de la pédagogie plutôt que de prouver que cela fonctionnait. Car c’était déjà le cas. »

EcoEnterprises travaille depuis plusieurs années en coopération avec Oikocredit. Comment expliquez-vous cette adéquation ?

« Oikocredit participe à notre capital social, ce qui lui permet de siéger au comité d’investissement ainsi qu’au comité consultatif. Le partenariat avec Oikocredit a pu s’installer parce que cette coopérative a, je dirais, le même état d’esprit que nous. Nos missions sont très similaires et nous entendons l’investissement de la même manière. D’emblée, nous avons particulièrement apprécié qu’Oikocredit travaille en milieu rural, et plus précisément dans l’agriculture. Nombreuses sont les entreprises partenaires de cette coopérative qui s’impliquent dans l’agriculture durable, et sont certifiées en agriculture biologique, commerce équitable ou gestion de l’environnement. Nous avons donc conjointement une mission environnementale, sociale et financière commune. »

De nombreux investisseurs pourraient penser que l’investissement durable est risqué. Que leur répondriez-vous ?

« Investir est toujours risqué et, lorsque vous investissez, il est important d’avoir une bonne vision d’ensemble. Notre fonds aimerait beaucoup investir dans de nombreuses entreprises qui sont très solides dans leur action sociale et environnementale. Mais nous ne le faisons pas car elles sont trop faibles financièrement parlant. L’équilibre global entre ces points est essentiel. Si la situation est équilibrée, alors l’investissement durable n’est pas plus risqué qu’un investissement dans un fonds classique. Nous pensons néanmoins apporter également une certaine valeur ajoutée, car nos investissements ne sont pas simplement financièrement viables, ils ont aussi des effets positifs sur les populations et sur la planète. »

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