Des résultats financiers pour un impact social [interview]

Irene.jpg17 octobre 2018

Tandis qu'Oikocredit met en place sa stratégie révisée*, la coopérative continue de travailler avec ses membres et ses investisseurs pour partager les dernières évolutions et les progrès réalisés. Irene van Oostwaard, directrice financière chez Oikocredit, a récemment rencontré notre association de soutien dans l’ouest de l’Allemagne pour en savoir plus sur les questions financières d’actualité et nous faire partager sa vision et sa passion pour l'organisation.

Depuis plus de 40 ans, Oikocredit associe avec succès durabilité économique et impact social. Comment y parvenez-vous ?

Nous nous concentrons sur les aspects financiers et sociaux à tous les niveaux de notre organisation, dans tous nos départements et organes de décision, jusqu’à la direction, et nous parvenons à créer un bon équilibre.

Je crois que la priorité que nous avons clairement posée sur l'impact social contribue à notre succès. C’est aussi ce que souhaitent nos investisseurs et c’est la raison pour laquelle ils investissent chez nous. La solidité de notre coopérative est certainement un élément important : nos membres nous corrigent et s’assurent que nous restions fidèles à notre mission.

Comment maintenez-vous l’équilibre au niveau des partenaires ? Avez-vous des projets plus performants financièrement que socialement ou inversement ?

Nous essayons toujours de trouver des partenaires qui couvrent ces deux aspects de manière optimale. Cependant, tous les projets ne sont pas performants sur les deux plans.

Par exemple, le financement agricole est un véritable défi. Peu d'organisations peuvent être rentables dans ce secteur. Pourtant, l'impact social dans ce secteur est énorme, c'est pourquoi nous investissons dans l'agriculture. Le succès financier est peut-être un peu moins bon, mais nous le faisons pour son impact social, puis nous équilibrons une autre partie du portefeuille financièrement plus performante.

Mais dans tous les cas, nous fixons des normes minimales, aussi bien pour les aspects financiers que sociaux, qui sont en réalité très élevées par rapport à celles d’autres organisations.

Le fait que les investisseurs n'attendent pas des dividendes optimaux (pas plus de 2% jusqu'à présent) contribue-t-il au succès d'Oikocredit ?

Le 2% n'est pas et n'a jamais été garanti. En fait, il y a 40 ans, Oikocredit ne versait aucun dividende. Ce n’est qu’à partir de 1989 que nous avons versé un dividende de 2%, à l’exception de trois années où il n’a été que de 1%. Mais c’est vrai, ce qui nous aide vraiment, c’est que nous avons des investisseurs très fidèles qui mettent leur argent à disposition à long terme et qui ne recherchent pas uniquement le meilleur rendement. Ceux qui veulent la rentabilité vont voir ailleurs. Cela nous permet d’investir le plus possible dans des projets et des mesures à impact social.

En juin, les membres d'Oikocredit ont voté en faveur d'un dividende de 1% pour 2017. Cette décision a été prise compte tenu de la pression sur les résultats de la coopérative. Quelles en sont les raisons ?

La cause principale est liée aux fluctuations monétaires : l'année dernière, uniquement 6% de notre portefeuille de crédit était libellé en euros, 42% en dollars américains et le reste en devises locales, souvent indexées sur le dollar américain.

Nous savons qu'il est extrêmement important d'accorder des prêts à nos partenaires en devises locales. Si nous prêtions en euros, nous ferions peser le risque de change sur eux. Or, ils ne sont en général pas en mesure de supporter un tel risque, tandis que nous pouvons l’assumer. Nous avons la taille, l'expertise et un fonds de risque en devises locales suffisamment important. Du fait du renforcement de l'euro au cours de l'année écoulée, nous avons largement dû faire appel à ce fonds.

De plus, nos résultats sont affectés négativement dans un contexte de faibles taux d'intérêt. Notre principal produit, à savoir les prêts, a généré moins d’intérêts.

Nous avons également un certain nombre de bureaux locaux et donc des coûts plus élevés que d’autres organisations. Pour autant, nous restons convaincus que notre concept de proximité est un avantage considérable et nous souhaitons le maintenir. Ainsi, nous savons ce qui se passe localement et sur le marché. Nos experts locaux connaissent les communautés dans lesquelles ils travaillent, ce qui réduit également nos risques.

Quelles mesures ont été prises par Oikocredit pour faire face aux coûts ?

Notre stratégie révisée vise, entre autres, à réduire nos coûts.  [pour tout savoir de notre stratégie révisée, lisez l'entretien avec notre directeur général].

Nous sommes toujours en train de mettre notre stratégie en place et nous poursuivrons ce processus tout au long de 2019. C’est pourquoi nos résultats restent toujours en tension en raison des divers facteurs que j'ai mentionnés ci-dessus. L'impact des changements que nous mettons en œuvre ne se concrétisera que fin 2019. Nos résultats financiers devraient donc s’améliorer après cette période.

Entre-temps, nous travaillons d'arrache-pied pour qu'Oikocredit continue d’accomplir sa mission de la manière la plus efficace et productive possible. 

Et ce qui est enthousiasmant à propos de notre stratégie révisée, c'est que nous ne nous concentrons pas uniquement sur l'amélioration de nos résultats financiers, mais également sur l’optimisation de notre impact social. Comme je l'ai déjà mentionné, les résultats financiers et sociaux vont de pair chez Oikocredit et nous voulons être sûrs que nous faisons de notre mieux à tous les niveaux de l'organisation pour avoir un impact encore plus important sur la vie des personnes soutenues par nos partenaires.

Quels sont les projets clés que vous, en tant que Directrice financière, souhaitez réaliser en 2018/2019 ?

Le projet le plus important est la mise en œuvre de notre stratégie révisée.

J'aimerais aussi que nos bilans comptables reflètent non seulement nos résultats financiers, mais également notre impact social. Les chiffres ne donnent pas une idée précise de ce que nous sommes, ni de ce que nous faisons. Nous avons une équipe de recherche sur l'impact social qui se rend chez nos partenaires, étudie, collecte et évalue les données, non seulement en termes de personnes soutenues via nos partenaires, mais également en termes de nombre de femmes et de résultats obtenus.

Vous avez rejoint la coopérative en 2010. Qu'est-ce qui vous plaît dans votre travail chez Oikocredit ?

En juin, j'ai rendu visite à une cliente d'une institution de microfinance à Chennai, en Inde. Cette cliente gère un petit magasin. Sa fille, étudiante et anglophone, était présente et a traduit notre conversation. Lorsqu'on lui a demandé qui était son modèle, la jeune fille a répondu : "Ma mère". Cela me donne encore la chair de poule.

Elle nous a dit que sa mère lui avait montré comment on peut changer sa vie avec succès. Et c'est la seule raison pour laquelle cette jeune fille a de meilleures perspectives d'avenir.

Même si Oikocredit ne contribue que faiblement en finançant l'institution qui aide sa mère, c'est pour cette raison que je viens au travail tous les jours. Ce que nous faisons ici change vraiment les choses !

* Pour tout savoir sur la stratégie révisée d'Oikocredit

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