Interview de Ging Ledesma sur notre Rapport d'Impact 2019

Interview de Ging Ledesma sur notre Rapport d'Impact 2019

Ging-Ledesma-web.jpg22 septembre | 2019

Pour aller au-delà des chiffres figurant dans le rapport d'impact 2019 d'Oikocredit et revenir sur des questions fondamentales portant sur l'impact social, nous avons interrogé Ging Ledesma, directrice de l'innovation et de la performance sociale chez Oikocredit.

Qu’est-ce qui est différent cette année ? Et pourquoi ce nouvel intitulé « Rapport d’impact » ?

Le rapport d'impact combine deux publications en un seul document plus accessible : le rapport de performance sociale et environnementale d’une part et le document « Oikocredit d’un coup d’œil » d’autre part.

Le rapport d'impact dispose également de nouvelles caractéristiques, comme la cartographie de nos résultats par rapport à la structure des objectifs de développement durable (ODD) de l'Organisation des Nations Unies.

Pourquoi ce nouvel intitulé ? Oikocredit a toujours été modeste en ne voulant pas abuser du mot « impact », car nous ne pouvons prétendre que l'impact résulte uniquement de notre soutien. 

Mais l'impact est un terme largement utilisé, et nous avons considéré qu’en évitant cette expression, nous ne valorisions pas suffisamment le travail de nos partenaires. C'est après tout à eux que revient le vrai mérite en matière d'impact.

Existe-t-il une différence entre le rapport d'impact d'Oikocredit et ceux d'autres investisseurs à impact ?

L'approche la plus répandue en matière de rapport d'impact est de se concentrer sur les chiffres atteints et le profil des investissements réalisés. Même si ces chiffres sont utiles, nous pensons qu'il est tout aussi important de rendre compte des actions de nos partenaires.

Nous voulons pouvoir répondre à des questions telles que : comment nos partenaires gèrent-ils leurs activités ? Suivent-ils et rendent-ils compte de l'atteinte de leurs objectifs sociaux ? Fournissent-ils des produits et des services de manière responsable ?
Par exemple, pour rendre compte des résultats de notre portefeuille d'inclusion financière, nous ne nous contentons pas de dire que nos partenaires ont touché 38 millions de personnes. Nous sommes également en mesure de dire que 73 % des 466 partenaires avec qui nous travaillons dans ce domaine ont adopté les Principes de Protection des Clients. 

L'accès au financement est important, mais il est tout aussi important que cet accès soit réalisé de façon responsable et qu’il soit axé sur les besoins et les capacités des clients. 

Alors que les rapports d’impact de nos homologues peuvent s’appuyer sur des données purement déclaratives, il est également important de souligner que notre processus de collecte de données implique leurs contrôles par nos collègues sur le terrain. La présence locale d'Oikocredit dans de nombreux pays constitue à cet égard un grand avantage.

En matière d’impact, quelles sont les réussites dont Oikocredit peut être le plus fier ?

Oikocredit reste l'une des plus importantes sources de soutien dans le domaine de l'inclusion financière. J’utilise le terme « soutien » parce que nous n’apportons pas seulement des financements mais aussi un soutien au renforcement des capacités. 

Nous pouvons être fiers du fait que nous continuons à inciter et à accompagner nos partenaires à rester au service de leurs clients, afin que leur priorité dans leurs activités soit le bien-être et l’intérêt de ses derniers. 

Nous pouvons également être fiers de nos efforts continus en Afrique. Même si ce portefeuille peut sembler de taille réduite, représentant seulement 18 % de l'ensemble de nos financements du développement, c'est quand même plus que les investissements réalisés par la plupart de nos homologues. 

Nous pouvons être fiers de notre persévérance à soutenir l'agriculture, un secteur difficile rendu encore plus délicat par l'impact croissant du changement climatique.

En tant que société coopérative, nous pouvons être fiers du soutien continu apporté aux coopératives. Il est intéressant de noter que beaucoup de nos coopératives partenaires sont issues du secteur agricole. Les coopératives de café et de cacao sont de loin les plus nombreuses dans notre portefeuille.

Les coopératives sont ancrées dans les communautés. Elles donnent l'opportunité aux membres individuels de mieux se faire entendre du point de vue de la gouvernance, et de diffuser de façon plus équitable la valeur de leurs activités économiques entre leurs clients.

Atteindre les clients ruraux et les femmes est-il toujours une priorité d'impact social ?

Même si des changements sont intervenus, comme la migration des zones rurales vers les villes, ou l’extension de villes tentaculaires aux régions rurales, fondamentalement le constat d'Oikocredit reste le même. Dans les pays où œuvre Oikocredit, la pauvreté demeure importante en zones rurales. On déplore toujours un manque de services de base dans ces zones, et un manque d’opportunités pour les entreprises et d'éducation pour les populations. 

Nous voulons lutter contre la pauvreté, et de nombreuses zones rurales sont toujours mises à l’écart de la croissance et de la prospérité mondiales. Les petits agriculteurs ont du mal à subvenir à leurs besoins alimentaires alors même que leurs productions permettent de nourrir des millions de personnes dans le monde. Les petits exploitants sont aussi parmi les premiers à subir l'impact du changement climatique mondial.

Oikocredit est également très attentif au sort réservé aux femmes. Dans les pays où nous travaillons, il existe de multiples obstacles à leur autonomisation. Ces obstacles peuvent être d’ordre juridique ou culturel. 

Pourtant, les études montrent, en particulier dans le domaine de la microfinance, que lorsque les femmes bénéficient d’une activité économique, elles en distribuent les fruits aux membres de leur famille. 

Ainsi, par exemple, quand une femme parvient à générer un revenu supplémentaire, ce dernier se traduit généralement pour sa famille par une amélioration de l’alimentation et de l’habillement, ainsi que par de meilleures conditions de logement.

Le rapport met-il en évidence des domaines où Oikocredit peut encore s’améliorer ?

Le nombre de partenaires a baissé, passant sur un an de 747 à 684. Par ailleurs, nous faisons toujours des efforts afin d’obtenir une vue approfondie de l'impact sur les petites et moyennes entreprises (PME) qui sont soutenues par l’intermédiaire de nos partenaires. 

Faire croitre notre portefeuille dédié à l'agriculture reste un défi et nous devons faire mieux dans l'accès aux ressources en matière de renforcement des capacités de nos partenaires. Faciliter l’échange d'expériences et de connaissances entre nos partenaires représente également pour nous une grande opportunité.

Le rapport indique que la taille moyenne des prêts accordés par Oikocredit est de 1,7 millions d’euros. Oikocredit préférerait-il que ce montant soit plus élevé ou plus bas ?

La première chose à dire est que des petits prêts ne signifient pas plus d’impact social, tout comme des montants plus élevés ne se traduisent pas par moins d'impact. Ce qui importe lorsqu'un partenaire potentiel sollicite un prêt auprès d'Oikocredit, c’est notre volonté de ne pas l’écarter simplement parce qu'il s'agit d'un petit montant.

Après tout, la raison d’être d’Oikocredit est d’apporter des ressources financières à ceux qui ne sont pas en mesure de les obtenir auprès des établissements traditionnels. 

En général, les petites entreprises et celles qui démarrent sont considérées comme trop coûteuses ou trop risquées par de nombreuses banques. Nous avons toujours affirmé qu’Oikocredit était là pour soutenir la croissance d’entreprises viables. C’est un choix délibéré qui signifie que nos membres et investisseurs s'attendent à ce que nous prenions plus de risques, et cela signifie aussi que le coût (en raison de la taille de la transaction) n'est pas nécessairement toujours un facteur clé dans notre travail.

Et nous ne devons pas oublier que nos partenaires qui en sont aujourd'hui à leur cinquième ou sixième prêt Oikocredit avaient commencé avec des montants plus modestes. Ils disposent désormais de prêts plus importants car leurs entreprises se sont développées.

73 % des partenaires d'Oikocredit ont signé les Principes de Protection des Clients (PPC). Ne serait-il pas réaliste de s'attendre à une proportion de 100 % ?

Certains partenaires peuvent ne pas avoir adhéré aux PPC mais se conforment par ailleurs à un ensemble de normes comparables. Par exemple, en Inde, il existe un ensemble de normes mises en place par un réseau d'institutions de microfinance.

Nous avons aussi plusieurs partenaires qui sont des banques régulées, qui doivent donc se conformer aux réglementations établies par la banque centrale du pays qui sont comparables aux PPC. 

Nous travaillons pour que tous nos partenaires dans le domaine de l'inclusion financière adhèrent aux PPC ou à des normes comparables. Au-delà de la signature des PPC, nous soutenons nos partenaires dans leurs évaluations et dans l'élaboration de plans d'action visant à corriger les lacunes et faiblesses identifiées.

Comment Oikocredit compte-t-il améliorer ces résultats en matière d’impact ?

La plupart de nos partenaires font preuve de bonnes intentions et font du bon travail. Cependant, une question demeure : quels sont les changements dans la vie de leurs clients qui ont été rendus possibles par leur intervention ? 

Dans l'ensemble du secteur, on constate une même faiblesse : la mesure, le suivi et le reporting des changements apportés à l’échelle du client individuel. Actuellement, nous ne sommes pas toujours en mesure de faire toute la lumière dans ce domaine. Cela est lié aux indicateurs que nous utilisons : ils sont encore limités et nos partenaires n'ont pas tous les ressources ou les compétences pour travailler sur de telles données.

J'ai visité une fintech partenaire plus tôt dans l’année qui a réalisé des progrès dans ce domaine. Ses représentants m'ont expliqué comment, par le passé, ils recueillaient des données sur la taille de l'entreprise, les moyens de production et ainsi de suite, mais seulement au moment de la demande de prêt. Désormais, ils posent ces questions au fil de l’eau et observent les changements induits par les services qu'ils apportent à leurs clients.

Quels sont vos espoirs pour les prochains rapports d'Oikocredit ?

J'espère que nous serons en mesure de fournir davantage d'informations sur les changements apportés à l’échelle du client individuel. Même si au début, cela ne portera que sur un nombre limité de nos partenaires. Quelques-uns d’entre eux ont déjà fait part de leur volonté de travailler avec nous sur ce sujet.

Dans le prochain rapport d'impact, j'espère que nous pourrons mettre en évidence la façon dont Oikocredit devient un « agent de liaison », qui facilite le partage d’informations et pas seulement le partage des ressources. 

Nous partageons déjà les ressources des investisseurs au profit des partenaires. Mais nous pouvons aussi partager des connaissances entre nos prestataires d'assistance technique et nos partenaires, ainsi qu'entre les partenaires eux-mêmes. 

Nous allons continuer de capitaliser sur les nombreux atouts d'Oikocredit : notre présence locale, l'expérience de notre réseau de partenaires, ainsi que l'engagement de nos membres et investisseurs. Grâce à ces points forts, nous pouvons construire des réseaux, des partenariats et des communautés qui travaillent ensemble vers un objectif commun : l'amélioration des conditions de vie et de travail pour une société plus juste.

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