Performance sociale : « Le choix du partenaire n'est que le début »

Performance sociale : « Le choix du partenaire n'est que le début »

05 février | 2020

Les gens investissent dans Oikocredit parce qu’ils souhaitent avoir un impact social positif. Comment cet objectif devient-il une réalité ? Nous avons rencontré l'équipe Performance Sociale d'Oikocredit, Ging Ledesma, Kawien Ziedses des Plantes et Yolirruth Nuñez, avec lesquelles nous avons discuté du renforcement des capacités, de la confiance, du contrôle, de l'ADN de la coopérative et de ses succès.

SPCB interview

Parlez-nous de l'approche d'Oikocredit en matière de performance sociale.

Ging Ledesma : Oikocredit poursuit des objectifs sociaux. Notre objectif est de permettre aux personnes défavorisées d'améliorer leur qualité de vie. Pour ce faire, la première étape, et la plus importante, consiste à sélectionner les bonnes organisations.

Nous le faisons très soigneusement. C'est pourquoi nous avons développé des outils pour le processus de due diligence. Parmi ces outils, on trouve le tableau de bord ESG (environnemental, social et gouvernemental) que nos collègues locaux peuvent utiliser pour évaluer la durabilité environnementale, la performance sociale et la gouvernance responsable des partenaires potentiels.

Le questionnaire qui accompagne le processus constitue également la base d'un suivi ultérieur et nous aide à déterminer s'il y a besoin d'un soutien supplémentaire par le biais du renforcement des capacités.

Toutes les organisations partenaires d'Oikocredit font l'objet d'un suivi régulier de leurs performances sociales. Qu'est-ce que cela veut dire exactement ? Et qu'en est-il de la mesure d'impact ?

Yolirruth Nuñez : Nous recueillons des informations complètes lors de la phase d'évaluation initiale, lorsque nous sélectionnons les organisations. Ces informations sont ensuite régulièrement complétées et mises à jour. Les collaborateurs en charge des investissements rendent visite à nos partenaires dans leurs locaux. En travaillant avec les organisations, ils les évaluent à l'aide de deux outils - l'un qui apprécie la performance sociale et l'autre qui évalue les risques.

Pendant la phase de suivi, nous questionnons nos partenaires sur les données qu’ils collectent et compilent, sur les objectifs sociaux qu’ils poursuivent et sur la mesure de l’impact. Si, par exemple, ils disent : « Nous servons des personnes à faible revenu », nous demandons : « Comment mesurez-vous cela ? »

S'ils ne savent pas mesurer leur performance, cela fera partie de notre offre de renforcement des capacités (c'est-à-dire la formation que nous proposons aux partenaires) pour les familiariser avec des outils de mesure, comme l'indice de probabilité de pauvreté (IPP). Si quelqu'un vient nous voir et a besoin d'aide pour utiliser l’IPP, nous pouvons l’aider avec une formation et des conseils.

En ce qui concerne l'impact, notre programme de mesure des résultats nous aide à travailler sur les données sociales permettant d’observer les changements dans la vie des clients de la microfinance au fil du temps. Au cours des dernières années, nous avons analysé les données IPP que nos organisations partenaires avaient recueillies. 

C'est le travail effectué au niveau local. Comment fonctionne la gestion de la performance sociale au bureau central d'Amersfoort ?

Ging Ledesma : En ce qui concerne la microfinance, nous développons des modèles et des outils pour mesurer la performance sociale et nous travaillons en collaboration avec Innovations for Poverty Action (IPA) et CERISE. Nous avons contribué au développement des principes de protection des clients (mondialement connus) et nos partenaires de microfinance doivent s'engager à les approuver et les mettre en œuvre. À partir de là, nous faisons appel à des experts indépendants pour analyser la performance sociale des partenaires sélectionnés.

Kawien Ziedses des Plantes : Par ailleurs, nous suivons les indicateurs de performance sociale, tels que le nombre de femmes ou de petits exploitants agricoles atteints. Nos partenaires nous transmettent les informations une fois par an et nous collectons, comparons et évaluons les données. En ce moment, nous travaillons sur une amélioration du filtrage des données pour faciliter l'extraction des résultats individuels. Certains programmes de renforcement des capacités sont élaborés à Amersfoort, comme par exemple le Programme d’impacts sur le client (note de l'éditeur : ce programme examine les résultats au niveau du client), qui se concentre principalement sur les statistiques et les questions de méthode.

Basés à Amersfoort, nos experts se rendent dans les organisations partenaires participantes pour dispenser des sessions de formation.

Comment pouvez-vous être sûres de la véracité des informations transmises par vos organisations partenaires ?

Yolirruth Nuñez : Nous sommes obligées de supposer que la plupart des données reçues sont correctes. Mais, comme nous disposons des données brutes complètes de la phase de prise de décision, que nous demandons régulièrement des données mises à jour et que nous restons en contact étroit avec nos partenaires, nous sommes en mesure d'évaluer assez bien la réalité de leurs rapports.

Nous les comparons aux données de l'année précédente. Par exemple, si quelqu'un répond à la question de la portée de son travail pendant un an en déclarant que 40% de ses clients vivent en zone rurale, puis déclare 80% l'année suivante, nous vérifions ce point.

Si une coopérative agricole signale que 40% de ses membres sont des femmes, nous serons sceptiques si c’est inhabituel dans la région en question. Lors de nos visites, nous pouvons également vérifier ces points.

Comment définissez-vous l'impact social ?

Yolirruth Nuñez : L'impact social pour Oikocredit est lié à l'amélioration de la qualité de vie. Mais la qualité de vie n'est pas seulement une question économique, c'est aussi une question de participation et de capacité à prendre des décisions.

Par exemple, les femmes qui aident les hommes dans les champs se considèrent souvent comme sans emploi. Avec la formation et grâce à leur collaboration, elles parviennent à se rendre compte que ce qu'elles font est un travail et qu'elles font partie d'une entreprise ; cela change beaucoup la donne.

Nous ne cessons d'encourager les coopératives à promouvoir une participation accrue des femmes. Parfois, c'est vraiment simple. Par exemple, nous avons suggéré de recruter une baby-sitter pendant les sessions de formation. Personne n'y avait pensé jusque-là. De ce fait, les femmes ont eu la possibilité de participer activement et elles l'ont fait.

Pour moi, c'est un impact social mesurable.

Kawien Ziedses des Plantes : Le succès ne se manifeste pas seulement au niveau économique. Pendant le programme FALS (note de l'éditeur : Financial Action Learning System), plusieurs participantes ont déclaré : « Personne ne m'a jamais demandé ce que je voulais. »

Quand quelqu'un se rend compte qu'il a le droit de dire ce qu'il veut, cela a en soi un impact social. L'exemple dont je parle est un projet pilote que nous avons mené avec deux organisations de microfinance aux Philippines. Les deux organisations ont déclaré : « Si vous, Oikocredit, ne pouvez pas continuer, nous le ferons par nous-mêmes. »

L'investissement à impact est devenu une pratique courante. En quoi Oikocredit se démarque-t-elle ?

Ging Ledesma : Beaucoup de nos concurrents se rendent compte aujourd’hui que le renforcement des capacités est important pour l'impact social. Lorsque nous avons commencé, il y a plus de 40 ans, on n’en parlait pas. Désormais, tout le monde appelle ce qu'il fait « investissement à impact ». Eh bien, je suppose qu'il y a toujours une sorte d'impact. Cependant, ce que nous faisons est à des kilomètres de la tendance.

Kawien Ziedses des Plantes : Je connais assez bien le territoire dans lequel nous opérons. Et d'après mon expérience, nous en faisons bien plus que d'autres organisations, en particulier dans la manière dont nous avons intégré le tableau de bord ESG et nos objectifs sociaux dans l'ensemble de notre travail ainsi que dans le processus d'évaluation des nouveaux partenaires. Mais nous ne sommes pas parfaits et nous devons nous aussi apprendre des erreurs pour continuer à nous améliorer.

Lesquelles de vos activités actuelles pourraient s’imposer dans quelques années ?

Kawien Ziedses des Plantes : Je vois une énorme opportunité dans la digitalisation comme moyen de développer de vrais produits et services sociaux dans le domaine de la finance. Nous devons procéder avec prudence, car c'est un véritable défi de transformer l’accès rapide aux prêts via un smartphone en projet social - et, bien sûr, de trouver de bons partenaires.

Ging Ledesma : Le deuxième domaine consiste à fournir des financements aux petites et moyennes entreprises car elles sont vitales pour l'économie d'un pays.

Si nous sommes en mesure d'établir des normes sociales élevées au sein des PME que nous soutenons, directement ou indirectement, alors nous accompagnerons un véritable changement social. Cela implique également que les impôts soient payés, que les bénéfices soient partagés avec le personnel et que soient garantis l'égalité des sexes, des salaires équitables, des conditions et des lieux de travail décents, la sécurité et la santé.

Kawien Ziedses des Plantes : Fondamentalement, ce travail n’a pas de fin. Il y a toujours quelque chose d'autre à faire et qui doit être poursuivi afin d'améliorer l'impact social. En définitive, c'est aussi une question d'argent et c'est toujours une question d’équilibre. Ceci se reflète également dans ce qu’est Oikocredit : à la fois une institution financière et une organisation de développement. Et tout ira bien tant que nous maintiendrons cet équilibre et que nous resterons concentrés sur la mission sociale.

En savoir plus sur les performances sociales et le renforcement des capacités d'Oikocredit dans notre Rapport d'impact 2019.

Cette interview a été réalisée par Oikocredit Westdeutscher Förderkreis et publiée dans son intégralité dans leur magazine (Allemand).

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