Ajouter de la valeur à la microfinance

Interview de Elikanah Ng’ang’a, Responsable de la Performance Sociale pour Oikocredit en Afrique de l'Est. 

Vous êtes responsable de la performance sociale au Kenya, au Rwanda, en Tanzanie et en Ouganda. En quoi consiste votre travail?

« Nous voyons le rôle de la performance sociale et le renforcement des capacités en Afrique de l'Est comme quelque chose qui ajoute de la valeur à ce que les organisations font déjà. Dans la plupart des cas, nos partenaires ont besoin de soutien supplémentaire pour atteindre leurs objectifs financiers, sociaux et parfois environnementaux. Par exemple, nous avons un programme d’accompagnement de la performance sociale qui aide les organisations à être plus efficaces dans l’atteinte de leurs objectifs sociaux. Ces objectifs consistent souvent à toucher davantage de personnes à faible revenu, fournir des produits et services qui permettent aux clients d’améliorer leurs revenus, ou s’assurer qu’ils soient protégés contre les risques.

D’autres initiatives consistent à aider nos partenaires à se lancer sur de nouveaux marchés ou à développer de nouveaux produits pour répondre à un besoin ».

Comment gérez-vous le renforcement des capacités  dans votre région?

« En Afrique de l'Est, nous avons développé une stratégie de renforcement des capacités et de performance sociale qui a deux approches.

La première approche passe par notre encadrement (qui concerne un certain nombre de partenaires) : chaque année, les directeurs nationaux sélectionnent les partenaires qui ont besoin d'être encadrés par nos programmes selon les besoins identifiés lors de leur suivi.

La seconde approche est initiée par les partenaires : ils s’adressent à Oikocredit avec des besoins. Nous les visitons alors pour essayer de mieux comprendre ces besoins et discutons avec eux de la meilleure façon de les résoudre ».

Avec quels types d'organisations travaillez-vous généralement en Afrique de l'Est?

« La majorité des organisations avec lesquelles nous travaillons sont des IMF de troisième niveau, ce qui signifie essentiellement que les IMF sont petites et pas encore mature. Nous avons un certain nombre de petites coopératives d'épargne et de crédit et quelques organisations paysannes.

Dans les prochaines années, nous prévoyons d'augmenter notre financement de partenaires agricoles. Comme un certain nombre de nos partenaires sont des jeunes organisations en développement, une partie de notre défi est de les aider à atteindre leurs objectifs sociaux et financiers. Nous savons, d’expérience, que les jeunes structures en développement ont davantage besoin d’aide en renforcement des capacités. C’est pourquoi il est tout aussi important pour nous de les aider sur le renforcement des capacités que sur le remboursement de leur dette ».

Pouvez-vous donner un exemple de la façon dont le renforcement des capacités a eu un impact sur un partenaire?

 « Un bon exemple serait l’IMF kenyane Molyn Credit Ltd. Comme la plupart des IMF au Kenya, elle affrontait une forte concurrence et voulait accroître dans son portefeuille de prêts la part des petits exploitants agricoles dans le but de répondre à ses objectifs sociaux. Oikocredit a soutenu l’installation de Molyn Credit dans un district rural du Kenya et le développement d’un pôle de commercialisation de produits laitiers dans l'ouest du pays.

Oikocredit a aussi soutenu la formation des agriculteurs et du personnel, le développement de produits, et a réuni des investisseurs qui ont contribué au financement du pôle. Cela a permis de donner accès au crédit à plus de 800 petits agriculteurs par l’intermédiaire de Molyn Credit. Les agriculteurs reçoivent maintenant un bon prix pour leur lait et Molyn Credit a augmenté son portefeuille de prêts aux petits agriculteurs de 20% ». 

Propos recueillis le 26 mars 2014