Voyage d'étude 2016 en Equateur

L'investisseur français Damien Graton a participé au voyage d'étude organisé en Equateur du 7 au 15 mai 2016. Il nous raconte son expérience du terrain.

L’équipe des participants s’est divisée en trois groupes de plusieurs nationalités (Europe et Amérique du Nord) pour rejoindre des zones géographiques différentes, le Nord, le Centre et le Sud.

J’ai fait partie du groupe ayant parcouru les deux provinces de Pichincha et d'Imbabura au Nord, situées sur la Cordillère des Andes (altitude et climat tempéré). L'objectif était d’aller rencontrer des clients finaux pour constater le travail que les partenaires d’Oikocredit réalisent pour permettre aux plus démunis de s'en sortir économiquement et socialement.

Rappelons que l'Equateur fait actuellement face à deux chocs majeurs : la chute du prix du pétrole depuis mi 2014 (c’est le principal produit d’exportation), et le violent séisme qui a frappé la zone côtière le 16 avril 2016, 3 semaines avant notre arrivée, causant la mort de 700 personnes et la destruction de l’habitat de 29 000 personnes. Cela nous a amenés à renoncer à visiter la coopérative de cacao FONMSOEAM (dont le principal client est la société française Ethiquable) car ses membres ont été durement touchés. Ce type de défi n’est malheureusement pas exceptionnel dans les zones d’intervention d’Oïkocredit, et j’étais donc curieux d’évaluer comment Oïkocredit gérait concrètement la situation. Je garde de cette mission le souvenir de belles personnes qui font preuve d’un professionnalisme rassurant et qui agissent en cohérence avec leurs convictions profondes. Ensemble, ils constituent les maillons d’une solide chaîne de transmission de la confiance : de la responsable du bureau d'Oikocredit en Equateur à la directrice d'une coopérative de crédit jusqu’au producteur de roses, ... leur détermination, leur optimisme et leur capacité de résilience ont été pour moi une source d’inspiration.

La responsable Oïkocredit Equateur : Lorena Torres. Issue d’une famille de micro entrepreneurs du nord de l’Equateur, elle a créé le bureau local en 2004 après des études universitaires en économie, et l’a développé depuis 12 ans pour atteindre aujourd’hui, avec ses 2 collaborateurs, un portefeuille de crédit de 50 M$. L’ayant côtoyée pendant une semaine, je pense avoir perçu les clés du succès : une compréhension fine des réalités locales, palpable dans les échanges avec ses partenaires, couplée à une discipline financière, indispensable pour la pérennité de l’activité, mais pas si simple à mettre en œuvre. Une utopique réaliste !

La force tranquille de Jannet Palacios, la directrice de la CACMU, coopérative de crédit principalement dédiée aux femmes et aux plus pauvres (plus de 22 000 membres), m’a particulièrement impressionné. La CACMU, dirigée par des femmes, a développé des outils d’évaluation individualisée des personnes les plus vulnérables, notamment les femmes victimes de violence conjugale, afin de leur proposer des services financiers ou d’accompagnement social véritablement adaptés à leur situation. Cet outil original a vocation à évaluer les compétences entrepreneuriales, le degré de pauvreté mais aussi la joie de vivre !

Enfin ce voyage m'a conduit à la rencontre de nombreux clients finaux afin de découvrir leurs microentreprises et mesurer l’impact concret de l’accès au microcrédit.

Parmi eux, Antonio Toldeo, un producteur de roses, agronome diplômé en Argentine, nous a présenté son système de culture à faible impact environnemental, fondé sur une production autonome de compost et d’engrais naturel à partir de résidus végétaux et animaux locaux. Sa fierté est de nous montrer la qualité du sol, dont les vers de terre sont les témoins… et la beauté de ses roses qui culminent à plus de 2 mètres de haut. La prochaine fois que vous achetez des roses, pensez à demander leur origine : l’Equateur est le 1er exportateur mondial de roses ! C’est d’ailleurs le principal débouché de ce producteur dont l’entreprise, Floriecologyc, créée en 2011, cultive 16 variétés de roses et fait travailler la famille (deux frères, une sœur et son fils) ainsi que 11 employés. Son dernier emprunt auprès de la coopérative de crédit 23 de Julio lui a permis de se doter d’une zone de stockage frigorifique.

Autre illustration, Inès Novoa, cette femme entrepreneur qui a monté une activité diversifiée d'hôtel/restaurant et boulangerie. Les « bizcochos » sont une spécialité de Cayambe. Très dynamique, sans formation en gestion, elle est aujourd’hui propriétaire de 2 cafétérias, d'une boulangerie et d'un hôtel de 20 chambres ! Elle emploie 12 salariés, allant jusqu'à 27 les weekends. Elle a tissé une relation très forte depuis 23 ans avec la coopérative de crédit 23 de Julio au point de décliner des prêts que lui ont proposé des banques. La loyauté des membres, du fait des valeurs partagées, renforce évidemment les coopératives de crédit.

Au final, je me suis senti en grande confiance avec les personnes rencontrées. Le fait que je sois issu du monde rural et agricole (et bénéficiaire d’un prêt pour mes études…) a probablement contribué, mais c’est surtout le fait de leur force intérieure, exprimée avec simplicité, sans fausse pudeur, et de leur fierté d’appartenir à une communauté locale solidaire. Ce faisant, ils parviennent à mieux traverser les périodes de crise économique. Ma conclusion est simple : le modèle fonctionne et je vais donc accroître la part de mon épargne allouée à Oikocredit. D’autant qu’avec un dividende annuel de 2.0% (taux identique depuis 2000, mais qui n’est évidemment pas garanti à l’avenir), je trouve mon engagement rémunéré de façon équitable.